Le Conseil d’État diminue l’aide sociale à Genève sans beaucoup d’égards…
Comme le présupposent les chiffres de l’Hospice Général pour fin 2025, Genève compte désormais environ 19'900 dossiers à l’aide sociale, suivis par cette institution. Parmi ces personnes, environ 22'000 bénéficiaires adultes recevront désormais CHF 50 de moins par mois, suite à la diminution de l’aide sociale, décidée par le Conseil d’État. Ce, dès le 26 mars 2026. Suivez-nous…
La diminution de l’aide sociale à Genève : un calcul d’apothicaire de nos autorités ?
Prenons donc notre calculette, car il n’y a que cela à faire pour voir émerger la vérité.
22'000 bénéficiaires adultes × CHF 50 = CHF 1'100'000 par mois
Soit :
CHF 13,2 millions par an.
Ah, quand même !
Réfléchissons plus loin, et remettons les choses en perspective.
Bien sûr, CHF 13 millions ce n’est pas rien.
À première vue, on peut comprendre que nos Édiles aient décidé de faire ces économies et promulgué cette diminution du forfait d’intégration de l’aide sociale.
Voyons, voyons…
La diminution de l’aide sociale passée à la moulinette, à la même calculette qu’a dû prendre le Conseil d’État pour sabrer les revenus des plus démunis.
L’aide sociale à Genève représente aujourd’hui un budget considérable.
- CHF 573 millions en 2025 (budget initial de l’Hospice Général)
- environ CHF 625 après dépassement budgétaire, lié notamment à l’augmentation du nombre de dossiers
- plus de CHF 695 prévus dans le projet de budget 2026.
Autrement dit : le coût global de l’aide sociale continue d’augmenter fortement, malgré la diminution de CHF 50 pour les bénéficiaires.
Derrière ces dossiers administratifs, il y a des personnes. Des parcours, des vies.
Bref, il y a des cœurs qui battent derrière ces dossiers.
Chouette, des économies à venir pour le Conseil d’État !
La récente et malheureuse décision de nos autorités, en optant pour retirer CHF 50 par mois à des personnes vivant déjà avec très peu, nous semble cependant amener à une réflexion plus large.
Ces bénéficiaires de l’aide sociale sont très souvent des personnes qui n’ont pas retrouvé de travail après un an et demi voire deux ans de chômage.
Arrivées en fin de droit, sans fortune personnelle, elles tombent donc, bien malgré elles, à l’aide sociale.
Or, comme nous le savons tous, les personnes vivant en Suisse se définissent beaucoup par leur travail.
Ne pas pouvoir travailler est particulièrement difficile à vivre lorque l'on émane de la culture suisse et que l’on a toujours contribué à la société.
C’est une question culturelle… mais aussi existentielle.
Et si la vraie solution était d’employer des résidents locaux à Genève ?
Ces milliers de dossiers à l’aide sociale concernent de nombreuses personnes expérimentées qui pourraient être valablement engagées par des administrations ou des employeurs privés.
La transférabilité des compétences existe !
L’école suisse est reconnue pour la qualité de sa formation.
Les CFC (Certificats Fédéraux de Capacité) sont un gage de sérieux.
Et pourtant, des milliers de compétences restent sur le banc de touche.
C’est particulièrement vrai pour les personnes de plus de 50 ans, qui rencontrent souvent davantage de difficultés à retrouver un emploi malgré leur formation et leur expérience, souvent très larges.
Un exemple très concret avec Marc, 56 ans
Marc est un technicien qualifié avec plus de trente ans d’expérience dans une entreprise genevoise.
Suite à une restructuration, il perd son emploi.
Pas de chance, selon les statistiques ! Un véritable drame pour lui !
Marc, homme divorcé est père de deux enfants, dont un grand ado qui vit avec lui. Ce dernier qui est en année de maturité observe son père avec inquiétude.
Pendant deux ans, Marc a cherché activement un nouveau poste, aiguillonné par l’envie d’être un exemple pour son fils et de retrouver sa fierté.
Mais malgré ces années de recherche, il ne reçoit bien trop souvent aucune réponse.
Malgré ses compétences, son âge devient un obstacle silencieux et inavoué, qui l’affecte et le ronge.
Dettes, psy, antidépresseur, cet homme sympa et ouvert se renferme sur lui-même.
Marc se retrouverà l’aide sociale, ce qui affecte considérablement toute la famille.
Pourtant, une PME genevoise aurait certainement besoin d’un collaborateur expérimenté pour former de jeunes employés et stabiliser son équipe.
Dans ce cas précis :
- Marc retrouverait un emploi et une dignité professionnelle
- l’entreprise bénéficierait d’un collaborateur expérimenté
- la collectivité verrait diminuer les coûts de l’aide sociale et, last but not least, Marc retrouverait sa joie de vivre !
Une solution gagnant-gagnant.
Une solution gagnant-gagnant… gagnante pour tous !
L’Hospice Général n’est évidemment pas responsable de la situation.
Il applique la loi et accomplit un travail indispensable.
Mais la vraie question est ailleurs.
Lorsque des personnes expérimentées, formées en Suisse, vivant à Genève et souhaitant travailler, restent durablement à l’écart du marché du travail, c’est toute la société qui perd.
En effet, chaque retour durable à l’emploi :
- réduit les dépenses sociales;
- augmente les recettes fiscales;
- renforce la cohésion sociale.
Une prise de conscience qui fait sens
L’Association 50etplus, qui se mobilise pour l’emploi des personnes de plus de 50 ans, voit chaque jour leur immense motivation à rester actives, et à retrouver un poste.
Nous constatons aussi les difficultés des jeunes à trouver un premier emploi.
Chez tous, il y existe le même désir : travailler et contribuer à la société.
Il nous semble particulièrement déraisonnable de s’en prendre aux personnes les plus fragiles en diminuant leurs prestations.
Décidons plutôt de désengorger l’aide sociale en favorisant l’emploi local et en valorisant l’expérience professionnelle des personnes sans emploi.
Les effets pour la collectivité seraient considérables, même si une petite partie des bénéficiaires de l'aide sociale venait à retrouver un emploi durable.
Alors… chiche ?
Notre société tout entière vous remerciera du fond du cœur, cher Conseil d’État.
Pétition "Non à une baisse des prestations de l'aide sociale"
Une pétition pour renforcer la solidarité genevoise a été déposée le 17 mars auprès du Grand Conseil genevois par SSP-GE, Avenir social, solidaritéS, Parti Socialiste, CSP, Caritas Genève, Les Vert-e-s, Jeunesse Socialiste, SIT, Jeunesse solidaire, Unia, et CGAS pour protester contre cette mesure vécue comme injuste.
Plus de 1’500 signatures récoltées en très peu de temps !
Cette solidarité pour une population précarisée, nous semble essentielle et fait chaud au coeur.
Au-delà de ces CHF 50, qui pour vous, cher Conseil d’État, peuvent vous sembler anecdotiques, il y une réflexion de fond à mener, nous semble-t-il. Et la bonne nouvelle, c’est que cette situation « bout de bois », c’est l’arbre qui cache la forêt.
Par conséquent… Abracadabra, cher Conseil d’État ! Vous pouvez avoir une action carrément magique !
Plongez-vous dans une intense réflexion. Vous y trouverez une solution bien plus simple et efficace, qui résoudra beaucoup de problèmes d’un seul coup : engager des personnes sans emploi résidant à Genève.
N’est-ce pas merveilleux ?